le virage modélistique

Les années 1980, période heureuse qui a vu mes débuts dans les petits trains, sont aussi une époque de changement profond dans ce domaine. C’est l’instant où l’on est passé du jouet au modélisme; je me positionne d'un point de vue historique de notre hobby sans jugement des décisions des uns et des autres à l'époque; un simple constat.

Le contexte :

Le jouet pour garçon dans les années 80 change. Le train (comme d’autres jouets traditionnels) perd de son attrait face aux figurines, Légo, Playmobil et premiers jeux vidéo. Ce loisir parait vieillot, consommateur de temps et d’espace dans des temps moins propices à ce genre de loisirs. Tous sont consommateurs d’argent de toute manière.

Les tentatives d’accrocher de nouveaux clients en vendant des coffrets de TGV dans les supermarchés ont été des échecs pour toutes les marques (Lima, Jouef ou Méhano plus récemment). Pourquoi? Parce qu’un TGV qui tourne en rond sur la table de salle à manger ça ne dure pas longtemps et ça ne passionne personne. Quant aux agrandissements, extensions et nouveaux matériels, autant dire que leurs coûts élevés et le peu d’espace-temps à consacrer à ce loisir de construction a obligé les marques à s‘orienter vers un marché de passionnés en leur proposant des modèles de plus en plus fidèles. Il a fallut faire évoluer les produits vers plus de finesses, de réalisme, d'efficacité aussi mais le prix s'en est ressenti.

Les marques et des techniques en évolution

Laissons de côté Marklin pour nous concentrer sur les marques industrielles qui dominaient le marché à l’époque. Il y en avait 4 principalement: Fleischmann de très bonne qualité voire luxueuse mais trop cher pour beaucoup, Roco qui très vite a proposé des modèles évolués à l’échelle, bien motorisés et détaillés (malgré quelques loupés), Jouef, notre marque nationale, qui avait des modèles relativement corrects mais qui présentaient des faiblesses techniques (motorisation, prise de courant) et Lima (firme italienne) qui était encore clairement sur des produits type jouet.

Techniquement, les modèles ont subi des évolutions importantes sous l’impulsion du Morop fixant des normes. Ainsi, les roues plus fines ou les attelages (bientôt montés sur des boîtiers à système d’élongation) offrirent des rames plus proches de la réalité. Roco s’est très vite engouffré dans la brèche en proposant de très beaux produits.

Un virage plus ou moins bien négocié

Côté des firmes qui m’intéressent : Jouef et Lima, l’évolution vers le modélisme s’est faite pas à pas et trop prudemment sur certains points. Parfois, une certaine frilosité a couté cher en termes de ventes. Ainsi, les deux types de produits jouet/modèle ont coexisté au catalogue longtemps. Voyons par marque.

Les modèles qui ont tout changé

Lima : Jusqu’au milieu des années 80, les modèles Lima étaient clairement des jouets placés pour concurrencer Jouef. Les modèles souffraient de manière chronique soit d’une forme grossière, soit disproportionnée, soit totalement fausse… parfois un mélange des 3.

Prenons des exemples dont les reproches peuvent s'étendre à toute la production :

Comme cette 141R qui n'a rien de correct mais reste une machine fiable avec de bonnes capacités de traction.

Ou cette 9200 où rien n’est juste non plus: matériel haut "sur pattes", bogies fantaisistes, ligne de toiture aussi, proportions fausses.

Une version un peu plus juste sera faite au début des années 80 avec des bogies refaits mais avec toujours ce manque de finesse.

Mais pourtant elle roulait plutôt bien (empattement électrique long, moteur G puissant mais bruyant). Elle fonctionnait mieux que la Jouef de l’époque pourtant plus réussie esthétiquement.

Quant aux voitures qui allaient avec, c’est simple, elles n’ont jamais existées. Pour un enfant, ça passe, pour un adulte peu regardant aussi mais pour un modéliste c'est non !

Certaines locos étaient un peu mieux comme la 72002 ou les nez cassés qui avaient un peu moins d'approximations mais des erreurs importantes restaient comme l'angle de cabine faux, vitres trop petites et gravure d'ensemble simplifiée (les pantos de celle-ci sont modifiés).

Dans les années 80, Lima décide de faire un virage total vers le modélisme avec des modèles qui vont marquer la différence.

Côté Locos: 3 modèles montrent ce changement avec une meilleure gravure et surtout une nouvelle motorisation et transmission structurellement proches de la concurrence comme Roco (moteur central avec transmission par cardans et engrenages mais aussi châssis métal, toutes roues captatrices et motrices avec bandages sur certaines). Ainsi nous verrons des séries très réussies:

- de 14000-14100 en 1985.

- de 67000-67400 (désignées modèles de l'année au début des années 90)

- de danseuses (8500-17000-25500)... ici une 17000

Côté véhicules: le premier essai marquant fut les DEV AO courtes. Même si les vitrages sont moyens, les intérieurs simples et les marquages peu nets, C'est un vrai progrès. Les bogies, la forme, l'échelle sont bons. Seuls les têtes de voitures et les tampons sont simplifiés. On n'avait rien d'équivalent à l'époque sur ces modèles produits par RMA mais peu courants.

Ajoutons les RIO de 1986, nouveautés totales très réussies qui font encore référence.

Puis les corail vers 1990 (déclinées dans de nombreuses décos) et qui restent encore très valables. Il existe une voiture pilote qui n'a jamais fait l'objet de reproduction depuis.

Ces modèles eurent des améliorations avec le temps (la plus marquante étant les attelages à élongation).

Les modèles suivants comme les DEV AO longues seront encore mieux et restent des références puisque les modèles sont toujours produits sous la marque Jouef. On est aux standards actuels de qualité.

En quelques modèles, Lima a changé son image. Les modèles cités se sont très bien vendus même si la marque a connu des difficultés avant de tomber dans le giron de Jouef

Jouef : Parlons-en. Le "virage modélistique" n'a pas été rapide ni radical. Il a même été très en retard et s'est fait par demi-mesures en face de la concurrence.

La première phase a été la mise en place progressive des normes (roues brunies norme 311 et attelages normalisés sur boitiers sans élongation) et puis des reprises de gravure de caisse sans changement de mécanique. Citons comme exemple les Picasso en 1983 qui gardaient l'ancienne mécanique.

Ou encore mieux les 16500 en 1986 qui avaient une caisse assez réussie avec pantos plus fins (sommerfeld) mais qui étaient volontairement trop longues pour s'adapter aux châssis des 17000 et 25500 de la marque produits depuis 1976 (qui au passage ont des bogies différents).

L'esthétique s'améliorait mais la base mécanique du moteur "tourne-broche" était toujours la même. La vraie révolution se fit avec 3 modèles, d'abord la 72000 en 1990 qui est une nouvelle production. Déclinée sous de nombreuses variantes, elle reste une référence. Elle présente de réelles différences avec les productions de la marque à l'époque: enfin un gros moteur sur châssis métal avec transmission idoine, électronique adaptée et un niveau de détail excellent.

L'année suivante voit l'apparition de la 26000 (en 1991). La 26000 est inédite et de très haut niveau de détail avec grilles en photodécoupe. Jouef s'oriente enfin vers le modélisme, les 21000 suivront. Des progrès concernant l'éclairage, la souplesse des moteurs mais aussi la captation du courant seront des évolutions des modèles qui intégreront aussi le digital.

Plus tard, des CC 6500 mais aussi des BB 36000 et des BB 66000 seront les fiertés de la marque. Il est curieux de voir que parallèlement, les autres productions restent au catalogue et rien ne change côté vapeur avant 1997 et la refonte des 141 P mais elles seront les seules vapeurs à atteindre ce niveau avant 2007 et les nouvelles 141R. On peut se demander pourquoi puisque Jouef disposait de l'excellent tender P conçu pour cette machine. Il aurait pu servir pour la 232U ou les 241P; ces dernières doivent faire l'objet d'une nouvelle production en 2016. Les autres productions sont plus tardives et sortent du cadre du sujet sur le basculement vers le "Modélisme".

Pour ce qui est des wagons et voitures, peu de changement si ce n'est généralisation des aménagements intérieurs et des attelages qui enfin portent l'élongation. Jouef (ayant racheté Lima et Rivarossi) commercialisera (encore aujourd'hui) de belles voitures mais qui seront les reprises des DEV AO ou Inox des firmes italiennes et non de pures créations. Aujourd'hui, Jouef est totalement sur le créneau des "modèles" avec un certain succès.

Voilà comment on est passé du jouet d'enfant au jouet d'adulte, plus beau, plus exact, plus efficace mais aussi plus onéreux voir élitiste qui s'en plaindra ? De toute façon partout où l'on va (particuliers, clubs, expos), les deux cohabitent toujours sur les réseaux.
 

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