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l'accident

Je me lance aujourd’hui dans un nouveau feuilleton totalement imaginaire juste pour se faire plaisir.

En fouillant dans les archives de Papy Milou, je suis tombé sur des extraits de journaux datant de l’époque où il travaillait à Mittel…un accident et pas de n’importe quoi : l’Orient Express.

Il partait ces années-là de Paris Est vers Mittel avant de passer en Allemagne puis de redescendre par les Balkans vers Istanbul.

Itinéraire inhabituel car il y avait des travaux sur un viaduc du trajet « classique » par l’artère impériale et Venise.

Les articles étaient là devant moi mais un peu contradictoires.

Milou ne m’en avait jamais parlé.

Que s’était-il donc passé ? Alors transportons-nous à l’époque. Nous sommes en 1954

L’hiver avait été rude. Il y pas mal d’activité en ce printemps très pluvieux de 1954 à Mittel. Les trains se succèdent et le trafic est dense à cause de la reconstruction des viaducs provisoires issus de la Libération… du provisoire depuis 9 ans… « C’est bien la France !» comme on disait au buffet de la gare.

Les trains passent… une vieille rame de voitures prussiennes à portières latérales fait l’omnibus avec une 050 B en tête. C’est un de ses derniers trains, la rame sera radiée en 55.

Un train de trémies à charbon est en remonte à vide vers les industries du nord du département… une vieille 150C toujours vaillante l’assure.

Toujours pas d’Orient Express. Mais un express lourd avec une énorme 241 P, elle est arrivée au début de l’année pour des essais (elles seront dans l’Est en 1958). Elles ont fait leur preuve mais elles maltraitent la voie.

Il est parti, la semelle vibre partout lorsqu’elle passe avec son express.

A Mittel, un marchandise en RO (régime ordinaire) tracté par une 141 P s’apprête à partir. Il est composé de vieux wagons disparates dont des TP.

Ici une note de Milou sur le graphique de circulation… ce RO entouré en rouge et un mot « déclencheur »…de quoi s’agit-il ?

Suivons-le de plus près alors. Il s’agit d’un long train de matériel et c’est Jacques Célère qui est le mécano. C’est un très bon mécano, il connait son boulot… toujours à l’heure et en plus, il est de ceux qui consomment le moins de combustible… autrement dit un crack !

Il écoute le chef de gare…

«  Jacques, avec la pluie ça glisse à la sortie du tunnel… et pis traine pas, y a l’Orient Express derrière toi »

 « Pas de souci, on y va ! »

Le voilà qui s’éloigne et l’Orient Express entre en gare. Superbe train. Une pacific PLM en tête, elle vient du Rhône. C’est Alphonse Danletat qui conduit. Derrière la loco, un beau fourgon CIWL, un fourgon postal encore à la l’ancienne couleur (pour le prestige) puis les voitures.

Yves Amal, se précipite pour les bagages.

Le chef de gare vient voir Alphonse Danletat…

« Bonjour, le rail est glissant à cause des pluies, il faut prendre de l’élan dans le tunnel pour passer la rampe sans trop perdre de la vitesse. Les gars d’ici sont habitués, ça passe tout seul sinon on plante un chou ! »

«  Très bien, on fera comme ça, c’est que ces voitures sont lourdes et on est pile à l’heure ! »

Pendant ce temps, Jacques Célère ne traine pas.

Sortie du tunnel, tout va bien mais le terrain est gorgé d’eau. Le passage de l’express avec la grosse P a fait trembler le sol… tout est instable, il suffit d’un rien. Ce rien, c’est le train de Jacques, la loco passe mais soudain c’est le glissement de terrain qui emmène le milieu du train… catastrophe.

Les wagons déraillés et emportés ont provoqué la rupture de la conduite de frein... la tête du train s’immobilise pendant que la queue, malgré le freinage, s’encastre sur les rochers dans un bruit épouvantable et un enchevêtrement infernal.

Jacques sait tout de suite que c’est dramatique. Il passe immédiatement les consignes à son chauffeur Pierre Scout dit "Boy" parce qu'il a travaillé avec les Américains en 44.

 « Boy descend !Va faire des signes au train suivant qu’il freine… il doit avoir la consigne de prendre de l’élan… moi, je remets en pression, je vais jusqu’au feu suivant pour déclencher le block et prévenir par téléphone ».

 « j’ai compris ! »

Les deux sautent de la machine… Jacques détèle le premier wagon pour remettre la conduite en pression. Il remonte vite et ouvre le régulateur précipitamment, la loco patine mais démarre enfin…il ouvre à fond.

« vite, bon sang, vite !! »

Boy, quant à lui, court le long de la voie. Il escalade comme il peut le mélange de rochers et de wagons.

Puis, il court au devant du train suivant, c’est l’Orient Express.

Alphonse Danletat a passé le signal dans le tunnel mais celui-ci est éteint, le glissement de terrain a emporté les câbles et l’humidité du tunnel a fait disjoncter les batteries. Alphonse ne pouvait pas savoir qu’il y avait un signal au milieu du tunnel. Avec la fumée, il ne distingue rien dans le noir… sa loco est à 110 km/h et le train a beaucoup d’inertie. Tout va trop vite.

Boy fait des signes, Alphonse le voit à peine dans la lumière de la sortie du tunnel…

Il a compris. Il freine d’urgence, inverse la vapeur, ouvre à fond, ajoute du sable en vidant les sablières pour gagner de l’adhérence. Rien y fait, la loco glisse toujours, le rail est gras.

«  Merde, ralenti, ralenti… allé !! »

Dans le train, c’est la stupeur, Les secousses ont réveillé Paul Ochon qui râle.

« C’est pas possible ! Pas moyen de dormir tranquille !! »

Alphonse a compris !!

« Putain ! »

Il s’adresse  à son chauffeur Henri Tournelle, il connait la chanson.

 « Saute, saute j’te dis, on va dérailler ».

« Non, si je saute et que le train déraille, il va me passer dessus, je reste ! »

La loco entame la courbe, on voit l’éboulement et les wagons de marchandise immobilisés.

« Accroche-toi comme tu peux !! »

La loco, encore à 90km/h, tamponne le dernier wagon qu’elle éjecte, elle est soulevée et franchit le parapet pour s’écraser au pied de la falaise sur l’ancienne maison du gardien de la mine.

Les premières voitures de l’Orient Express sautent aussi mais ce ne sont que les fourgon et voiture postale.

Les voitures du train déraillent et se mettent en accordéon, elles occupent tout l’espace des deux voies.

Jacques est arrivé au signal pour prévenir mais trop tard. Il entend le bruit de l’accident. Il informe le PC… « C’est une catastrophe, l’Orient Express…arrêter tout le trafic !! »

A Mittel, Milou n’hésite pas, il téléphone au poste d’aiguillages…

« Vous arrêtez tous les trains, c’est un ordre pas de discussion !! »

« Oui mais… »

« Pas de discussion !! »

L’omnibus commençait à rouler doucement au signal vert-voie libre, le signal repasse au rouge…stop !

Le conducteur interpelle le chef sur le quai

- « y se passe quoi ? c’est pas normal !»

- « j'sais pas moi, je vais voir ! »

Tous les trains s’immobilisent autour…ça y est, les mécanos comprennent… c’est une puis deux puis dix locos qui se mettent à siffler ensemble, c’est lugubre et annonce les catastrophes.

On attend le rapport, un cantonnier appelle, c’est l’effervescence en gare... tout le monde court partout. Milou prend son téléphone pour contacter le chef de dépôt Edmond Enlair.

- « C’est toi Edmond ? tu me prends tous les gars dispo, l’Orient Express a déraillé à la sortie du tunnel de Mittel. On n’a pas de détail mais il faudra la grosse grue que les Allemands ont laissés en 44.

Edmond s’adresse à son adjoint Claude Icant qui boite depuis qu’il a été mitraillé sur sa loco en 43.

« Claude tu prends la TU et tu composes un train de secours avec la grosse grue vite ! »

« Mais tu sais que je boite »

«  Et alors, tu sais toujours conduire non ? On est dans la merde, alors tu fais pas ta fillette et tu passes aux manettes »

« Mais qu’est-ce ce qui se passe ? »

« L’Orient Express a déraillé… voilà ce qui se passe ! Et chez nous en prime, les huiles de Paris vont nous tomber dessus plus vite que la misère sur le bas-peuple ! »

« Aie, j’y vais ! »

Les secours arrivent et sont dépassés…les dégâts matériels sont énormes et il est difficile d’approcher.

Pendant ce temps, les passagers de l’Orient Express sortent. Certains sont sonnés et contusionnés. Par chance, un médecin est dans le train, c’est le Dr Gaspard Adrat. Il fait le tri mais rien de très grave ; au pire quelques fractures… heureusement. La composition du train y est pour beaucoup, les premières voitures n’étaient pas directement derrière la loco. C'est le fourgon et la postale qui ont le plus dégustés.

Le chef des pompiers, Gérard Menvussa s’active… on s’approche de la tête du train. Le drame prend toute sa force.

Le mécano et son chauffeur sont retrouvés sans vie. Ils ont été éjectés lors du choc au fonds du précipice. Deux agents des postes dans leur voiture ont été tués aussi. Le gardien de la mine, sa femme et ses deux filles ont été écrasés par la loco dans leur demeure. 8 morts, c’est terrible mais le bilan aurait pu être pire si les voitures avaient plongées aussi.

Le journaliste, Alain Discret, qui met son nez partout mais qui n’y connait rien, commence une série d’articles lamentables dans son canard « la veille au soir ». Un jour c’est de la faute des agents, un jour celle du matériel, le suivant c’est de la faute à pas de chance. Les mécanos lisent ça écœurés. Jacques a écrit à la veuve d’Alphonse Danletat mais il n’a pas eu de réponse.

L'émotion est grande à Mittel et le curé, l'abbé Gonia, a dit une messe pour la mémoire et le repos des victimes.

Pendant ce temps, le train de secours se prépare à intervenir... ça s'annonce difficile.

Il faut un temps infini pour sortir les véhicules et remettre la voie en état. D’abord il a fallut approcher pour pouvoir évacuer les wagons et autre matériel de la voie. Enfin, il fallait accéder à l’éboulement pour bouger les rochers (certains seront même dynamités).

Une 140 C est venue chercher les wagons non déraillés pour libérer de l'espace.

Puis, on commence à soulever les voitures une par une avec délicatesse.

Enfin, c'est au tour des wagons.

Avant de pouvoir s'avancer et retirer la 231 du ravin.

Elle est loin et ce n'est pas simple.

Il faudra plusieurs essais malgré les compétences des équipes.

La SNCF délègue immédiatement des enquêteurs. Leur bureau est dans une RGP toute neuve garée au bout du quai1…

Y être interrogé met tout le monde mal à l’aise et le chef de gare est impatient de la voir partir. Faut dire que le patron de l’enquête est Henri Bambelle, avec lui, les blâmes dégringolent, on dirait qu’il aime ça. Papy Milou est venu défendre la compétence de ses agents et tous le saluent respectueusement depuis.

Jacques Célère vit très mal cette situation. Il est interrogé par le bureau d’enquête et a du mal à justifier qu’il n’est pas responsable de l’éboulement. Il a eu les bons réflexes et ne pouvait faire plus. Il a fait tout ce qu’il pouvait. Le rapport final le mettra pas en cause, heureusement. Mais il demande au chef de dépôt de ne plus remonter sur les machines. Edmond Enlair a tenté de la raisonner, lui parlant de la fatalité et de ses compétences mais Jacques est trop déprimé.

La priorité est maintenant de rétablir le passage; il faudra réparer et renforcer la voie avec des tonnes de béton pour reposer les rails. Les premiers trains passeront à 30 km/h le temps que le sol se stabilise.

Pourquoi Milou ne m’en avait-il pas parlé ?… parce que simplement c’est un trop mauvais souvenir.

VoilVoilà pour cet épisode totalement imaginaire je le souligne encore. J’espère que vous avez eu autant de plaisir à le lire que moi à le faire.